Meta : l'effondrement s'accélère, l'ombre du tabac plane-t-elle?
Les investisseurs ont brutalement corrigé leur confiance envers Meta, l'entreprise mère de Facebook et Instagram, après une semaine noire qui a vu ses actions chuter de 11% et un mois de pertes atteignant 17%. L'illusion d'une action technologique phare s'est effacée, laissant place à des inquiétudes grandissantes quant aux risques juridiques et aux dépenses colossales en intelligence artificielle.
Le spectre des litiges plane sur menlo park
La récente déconvenue ne date pas d'hier. Un jury du Nouveau-Mexique a déjà condamné Meta pour tromperie concernant la sécurité de ses réseaux sociaux pour les adolescents, un verdict qui résonne douloureusement dans un contexte juridique déjà tendu. L’affaire, couplée à une responsabilité reconnue dans un procès relatif à l'addiction aux réseaux sociaux, a fait s'évaporer près de 280 milliards de dollars de capitalisation boursière en un seul mois. La question lancinante se pose désormais : Meta court-elle après le même destin que l'industrie du tabac, traquée par des réglementations de plus en plus strictes ?
Tim Ghriskey, stratège sénior chez Ingalls & Snyder, évoque la comparaison avec le tabac avec une pointe d'ironie : "Je ne le vois pas forcément comme le tabac, mais des choses plus étranges sont arrivées". Une suggestion glaçante, surtout quand on sait que certains estiment que la seule solution pour éradiquer l'impact négatif des réseaux sociaux serait leur fermeture pure et simple, une perspective désastreuse pour Meta. La question est récurrente, selon Mark Mahaney d'Evercore ISI : "Est-ce le moment de Meta, comme pour les grandes compagnies du tabac ? Est-ce un investissement inviable aujourd'hui ?".

Ia : un pari coûteux qui freine la trésorerie
Alors que Meta se recentre sur l'IA après avoir abandonné ses ambitions initiales pour le métavers, les inquiétudes concernant ses dépenses n'ont fait que s'amplifier. Ironiquement, malgré une croissance attendue des revenus d'environ 25% cette année, le flux de trésorerie libre devrait chuter de 83%, passant de 46 milliards de dollars à moins de 8 milliards. Parallèlement, les investissements en capital explosent, atteignant 123,5 milliards de dollars cette année et dépassant les 140 milliards en 2027. L'entreprise réduit son personnel en parallèle, signe d'une restructuration forcée.
D'autres batailles juridiques sont prévues en Californie, ce qui laisse présager un impact négatif continu sur le cours de l'action. Si la Cour suprême n'intervient pas pour protéger Meta et Alphabet, ces derniers pourraient être contraints de repenser leurs services pour les adolescents et de trouver des accords financiers avec les plaignants.
Si Alphabet, grâce à YouTube, est relativement moins exposé, Meta dépend presque entièrement de la publicité sur ses applications. Pourtant, Wall Street conserve une vision étonnamment optimiste : 72 analystes sur 80 recommandent l'achat de l'action, avec un potentiel de hausse de 61% dans les 12 prochains mois. Les estimations de bénéfices pour 2027 ont même été revues à la hausse, faisant de Meta l'action la moins chère du groupe des "Magnifiques Sept".
Phil DeAngelo, directeur général de Focused Wealth Management, propriétaire d'actions Meta, tempère l'inquiétude : "Les sanctions jusqu'à présent ont été légères et de nouveaux paramètres peuvent être mis en place pour atténuer les problèmes liés aux litiges. Je ne le vois donc pas comme une menace constante. En même temps, Meta est devenue extrêmement attrayante, et l'accélération des revenus prouve que, bien que le niveau de dépenses soit énorme, elle sait comment rentabiliser ses investissements".
Le cas de BYD, qui a vu ses bénéfices chuter après un avertissement du président Wang Chuanfu sur les difficultés de l'industrie chinoise des véhicules électriques, sert de rappel : même les géants peuvent trébucher.
