L'ère de la dépendance technologique

Il était une époque où acheter un programme ou un système d'exploitation était une cérémonie. La boîte était lourde, remplie de promesses, et contenait plusieurs disquettes ou même un CD et un manuel épais que l'on feuilletait vaguement avant de faire quoi que ce soit. Les installer était presque un rituel : le son de la disquetteuse, la fenêtre de progression, le 'Insérez le disque 2'. Chaque étape exigeait de la patience, mais augmentait également l'attente. Et lorsque cela était fini, la sensation était différente. Ce programme n'était pas simplement un icône sur le menu Démarrer, c'était quelque chose que vous aviez choisi, attendu et acheté. Et il était à vous. Aujourd'hui, tout est différent. L'industrie a découvert le pouvoir des revenus récurrents et l'applique à tout ce qui peut se convertir en service par abonnement mensuel. Et en Espagne, cela représente déjà un coût annuel de 286 euros par ménage, selon EAE Business School.

Le phénomène ne se limite pas au logiciel

Le phénomène ne se limite pas au logiciel

Les livres électroniques avec des licences révocables, les appareils bloquant des fonctionnalités ou les plateformes limitant le streaming si on ne paie pas une cotisation font partie du même modèle économique. Le résultat est une sensation de plus en plus diffuse chez les utilisateurs : nous payons plus que jamais pour des outils et des contenus qui, en réalité, ne seront jamais vraiment à nous. Si l'on annule le compte, l'accès disparaît ; si le fournisseur change les règles, il n'y a rien à négocier. Le journaliste et écrivain Cory Doctorow a défini ce déclin avec un terme aussi choquant que pertinent : enshittification, le processus par lequel les services commencent par être excellents pour attirer les utilisateurs et terminent par se dégrader pour maximiser les comptes de résultats.

Dans ce contexte, le logiciel libre acquiert une résonance inattendue. Il y a des décennies, Richard Stallman prévenait que 'c'est une question de liberté, pas de prix'. La phrase paraissait idéologique dans les années 90 ; aujourd'hui, elle sonne presque prophétique. Face à cette logique de dépendance, le logiciel open-source offre quelque chose de plus précieux : l'autonomie. Des projets comme Linux, LibreOffice, Open Broadcaster Software (OBS) ou Blender démontrent que l'on peut développer des outils compétitifs sans les attacher à des cotisations permanentes ni à des plateformes fermées. Et au milieu de l'ère de la souscription permanente, le logiciel open-source n'est plus simplement une alternative, c'est un rappel que la Technologie peut se construire sur des principes de connaissance partagée, de transparence et de contrôle par les utilisateurs. Et peut-être c'est pourquoi, aujourd'hui plus que jamais, c'est une sauvegarde.