Australie : les géants du web sous pression pour protéger les mineurs

Canberra a braqué les projecteurs sur Facebook, Instagram, TikTok et YouTube, accusés de ne pas faire assez pour empêcher l'accès de leurs plateformes aux mineurs de moins de 16 ans. Une première évaluation formelle qui sonne comme un avertissement retentissant, et qui pourrait coûter très cher aux multinationales.

La loi australienne, un défi inédit pour les géants du web

La loi australienne, un défi inédit pour les géants du web

Depuis le 10 décembre 2023, une loi australienne sans précédent interdit l'accès aux réseaux sociaux pour les personnes de moins de 16 ans. L'organisme de réglementation eSafety a rendu public un premier rapport de conformité, soulignant des lacunes significatives dans les mesures de protection mises en place par les plateformes. Le constat est clair : il est trop facile pour les jeunes de contourner les systèmes de vérification d'âge, et certaines entreprises semblent plus préoccupées par la croissance de leur base d'utilisateurs que par la sécurité des mineurs. La loi exige que les plateformes prennent des mesures raisonnables pour empêcher les personnes de moins de 16 ans de créer des comptes, mais le rapport d'eSafety démontre que ces mesures sont insuffisantes.

L'enjeu est de taille : jusqu'à 49,5 millions de dollars australiens (environ 34 millions de dollars américains) de sanctions pourraient être infligées aux entreprises en cas de non-respect de la loi. eSafety a déjà entamé des investigations et pourrait engager des actions en justice à l'encontre des plateformes concernées. Ce rapport intervient dans un contexte tendu, marqué par un récent verdict aux États-Unis où Meta et Google ont été déclarées responsables des problèmes de santé mentale d'une jeune femme, liés à son addiction aux réseaux sociaux. Un précédent qui pourrait ouvrir la voie à des poursuites similaires pour d'autres réseaux sociaux, les plaçant dans une position comparable à celle des grandes compagnies tabagiques.

Julie Inman Grant, commissaire à la sécurité en ligne, a déclaré : « Ces plateformes ont la capacité de se conformer à la réglementation dès aujourd'hui. Nous attendons des entreprises opérant en Australie qu’elles respectent nos lois de sécurité. Elles peuvent choisir de le faire, ou faire face à des conséquences de plus en plus importantes, y compris une détérioration de leur réputation auprès des gouvernements et des consommateurs du monde entier. » La démarche d'eSafety se concentre sur Facebook et Instagram (Meta), Snapchat, TikTok et YouTube (Google).

Meta, de son côté, affirme s'engager à respecter la loi et à collaborer avec les autorités australiennes, tout en soulignant la difficulté de déterminer avec précision l'âge des utilisateurs en ligne. Mais la réalité sur le terrain est bien plus complexe. Les jeunes parviennent encore à contourner les contrôles d'âge, et certaines plateformes semblent encourager, même involontairement, ces tentatives. Le nombre de mineurs de moins de 16 ans utilisant les réseaux sociaux a certes diminué par rapport à il y a quatre mois, mais il reste significatif.

La situation actuelle pose une question fondamentale : jusqu'où les entreprises technologiques sont-elles prêtes à aller pour protéger les mineurs, au risque de freiner leur croissance et de perdre des revenus ? La réponse d'eSafety pourrait bien redéfinir les règles du jeu pour l'ensemble de l'industrie.

Selon les chiffres d'eSafety, plus de 20% des comptes actifs sur les réseaux sociaux étudiés appartiennent à des personnes de moins de 16 ans, un chiffre qui témoigne de l'ampleur du défi à relever.