Russie : deripaska prône pour des journées de 12 heures pour relancer l'économie
Oleg Deripaska, magnat russe de l'aluminium et figure influente du Kremlin, a lâché une bombe ce week-end sur Telegram : pour surmonter les turbulences économiques que traverse la Russie, il faut envisager des journées de travail de 12 heures, six jours par semaine. Une proposition radicale qui témoigne de l'ampleur des défis auxquels le pays est confronté, bien au-delà d'une simple récession conjoncturelle.

Une crise structurelle, pas une simple fluctuation
Deripaska, fondateur de Rusal, ne minimise pas l'impact des sanctions occidentales et des perturbations géopolitiques. Mais il insiste sur le fait que la crise actuelle est d'une nature bien plus profonde. “Cette crise est plus profonde. Elle est causée par une transformation difficile : de l’opportunité globale que nous avions autrefois aux opportunités régionales, avec toutes sortes de restrictions,” a-t-il écrit. En d'autres termes, le modèle économique russe, longtemps basé sur l'exportation de matières premières, est en train de s'effondrer.
L'argumentaire du magnat est simple : la Russie doit mobiliser au maximum son capital humain. “Dans les moments difficiles, nous savons comment nous unir et travailler plus,” affirme-t-il. Son idée, aussi brutale que pragmatique, est de compenser la perte d'accès aux marchés internationaux par une productivité accrue. Le nouveau planning proposé – une journée de travail allant de 8h à 20h, incluant le samedi – vise à accélérer cette adaptation.
Le conflit au Moyen-Orient, nouvelle menace. Si les prix du pétrole grimpent en flèche grâce aux tensions régionales, Deripaska met en garde contre un impact négatif à long terme sur la croissance, tant en Russie qu'à l'échelle mondiale. Les futures sur le brut ont déjà dépassé les 100 dollars le baril, une hausse de plus de 70% cette année, mais la volatilité des marchés reste une préoccupation majeure.
L'économie russe a certes affiché une croissance de 1% en 2023, mais ce chiffre masque une forte décélération par rapport aux 4,3% de 2022. Le budget fédéral, historiquement dépendant des revenus pétroliers et gaziers (plus d'un tiers), est sous pression. La réorganisation des flux commerciaux, notamment via le détroit d'Ormuz, et les exemptions limitées de sanctions américaines sur certains envois, témoignent de l'ingéniosité déployée pour contourner les obstacles.
Mais l’appel au labeur intensifié de Deripaska révèle une réalité moins reléguée aux analyses économiques : la Russie se prépare à une période prolongée de morosité. Plus qu'une solution temporaire, il s'agit d'une tentative de reconfiguration profonde du modèle productif, au prix d'un sacrifice évident pour la vie des travailleurs. La question est de savoir si cette mesure, aussi audacieuse soit-elle, suffira à combler le fossé laissé par la perte du monde globalisé.
