Jornada de 35 horas : l'espagne prête à basculer ?
Après des mois de négociations tendues, l'horizon s'éclaircit pour la réduction de la semaine de travail à 35 heures en Espagne. Si un accord global n'a pas été conclu lors de la dernière réunion de la Mesa General de Negociación de l'Administration Générale de l'État (AGE), les engagements pris par l'administration laissent entrevoir une mise en œuvre concrète d'ici la mi-avril, une échéance qui pourrait bien redéfinir le paysage du travail public.
Un texte inclusif promis par l'administration
Les sources syndicales, interrogées par Business Insider España, révèlent que l'administration s'est engagée à présenter un texte qui ne laissera personne de côté. L'objectif est clair : une application généralisée de la nouvelle journée de 35 heures à l'ensemble de l'AGE, englobant les organismes publics, les agences et les entités de droit public. Cependant, un détail crucial émerge : certains secteurs, tels que les Institutions Pénitentiaires, le personnel de l'Ingesa et le corps enseignant, devront négocier leurs conditions spécifiques au sein de mesas dédiées. Il s’agit d’une concession pragmatique, reconnaissant la complexité de l’intégration de ces domaines distincts.

Prisons et ingesa : des négociations délicates
Le secteur pénitentiaire se distingue comme le plus épineux. La réduction de la durée du travail devra impérativement préserver les gardes, les roulements et les couvertures minimales nécessaires au maintien de la sécurité et du bon fonctionnement de l'établissement. Un équilibre fragile à trouver entre la volonté de modernisation et les impératifs de sécurité publique. De même, l'Ingesa, avec ses spécificités liées à la santé publique, nécessitera une approche sur mesure.

Le gouvernement ouvre la voie à l'embauche de contractuels
Pour faciliter la transition, le gouvernement envisage de recourir à l'embauche de personnel temporaire, permettant ainsi l'activation de la retraite partielle des fonctionnaires. Une solution pragmatique pour répondre à l'accumulation de demandes de retraite anticipée, dépassant les 1 000 demandes en attente. La Central Sindical Independiente y de Funcionarios (CSIF) insiste sur la nécessité d'étendre ce droit au personnel fonctionnaire et statutaire, élargissant ainsi son champ d'application au sein du secteur public.

Adaptation aux régimes spéciaux et blocage de l'offre d'emploi public
L'impact de la réduction de la journée de travail ne se limitera pas à la durée du travail ordinaire. Elle s'adaptera également aux régimes spéciaux, tels que la journée d'été ou les durées de 40 heures actuelles, avec une application proportionnelle. Parallèlement, l'offre d'emploi public 2026 reste bloquée en raison du refus syndical de la proposition actuelle, jugée opaque quant à la répartition des emplois par département. Un décret visant à améliorer l'accès à l'emploi public pour les personnes handicapées est en cours d'approbation, témoignant d'une volonté de progresser sur d'autres fronts.
La balle est désormais dans le camp de l'administration. L'arrivée de la journée de 35 heures, bien qu'imparfaite, marque un tournant potentiel pour le monde du travail public espagnol. Le défi réside désormais dans la capacité à concilier les aspirations des travailleurs, les contraintes budgétaires et les impératifs de service public.